La Valse de la ligne 12

 

Huit heures du matin, heure de pointe dans le métro parisien. Les notes de Yann Tiersen emplissent le wagon endormi, se faufilent dans les moindres recoins de la rame éteinte. La mélodie a le goût du vieux Paris, ses ruelles pavées, ses bouquinistes en bords de Seine. On s’y croirait presque : Amélie, la butte Montmartre, ses artistes, ses secrets enfouis. C’est un chant empreint d’une grande nostalgie du Paris d’antan, de gaieté aussi. Il y a quelque chose de joliment poétique dans cette grisaille sublimée. Les touches de l’accordéon valsent avec grâce sous les doigts experts. Pourtant, derrière ce jeu habile, les mains sont engourdies, ternies par le contact régulier du tabac, marquées par des années de vie d’errance. La rue n’est pas tendre avec ces femmes et ces hommes de l’ombre. Le regard est ailleurs, loin, très loin des dorures de la capitale.

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Jeu d’enfant

Il était 16 heures lorsque leurs cris ont percé notre rue. 

– Ils arrivent, a dit Jules. Ses yeux brillaient d’une joie féroce.

La main sur son arme, mon fils exultait. Ils allaient enfin voir de quoi nous étions capables. Juliette a pris ma main dans la sienne et l’a serrée longuement. Fort. Trop fort. Ce n’était pas un geste de tendresse, mais de désespoir. La tendresse n’avait pas sa place au cœur du conflit. Ma femme se raccrochait à ce qu’elle connaissait le mieux. Je leur avais dit, pourtant : la guerre, oui, mais pour la paix. Pour mettre fin aux massacres. Protéger nos frères, nos sœurs, nos enfants. Notre lutte était de ces luttes justes.

Jules a fait signe à Chloé. Ma fille a compris, s’est levée en silence. Ses mains étaient moites. Elle les a essuyées sur sa chemise tâchée, empoignant la plus petite des deux grenades. Ses doigts tremblaient quand elle a passé son index sous l’anneau de la goupille. Pourtant, ses gestes étaient fermes, précis. Il ne manquait que notre feu vert. Son regard a croisé le mien, en attente d’une approbation.

– Attends, ai-je soufflé. Attendons encore un peu. Pas de morts inutiles.

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Chronique | Antéchrista d’Amélie Nothomb

Note : ★★41iwphfp2dl

Titre : Antéchrista
Auteur : Amélie Nothomb
Parution : 2003

Résumé :
Avoir pour amie la fille la plus admirée de la fac, belle, séduisante, brillante, enjouée, audacieuse ? Lorsque Christa se tourne vers elle, la timide et solitaire Blanche n’en revient pas de ce bonheur presque écrasant. Elle n’hésite pas à tout lui donner, et elle commence par l’installer chez elle pour lui épargner de longs trajets en train.
Blanche va très vite comprendre dans quel piège redoutable elle est tombée. Car sa nouvelle amie se révèle une inquiétante manipulatrice qui a besoin de s’affirmer en torturant une victime. Au point que Blanche sera amenée à choisir : se laisser anéantir, ou se défendre. 

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Chronique | Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressmann Taylor

  • Note : ★★★★☆couv53161332

Titre : Inconnu à cette adresse
Auteur : Kathrine Kressmann Taylor
Parution : 1938

Résumé :
1932. Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un juif américain, sont marchands de tableaux en Californie. Ils sont aussi unis par des liens plus qu’affectueux – fraternels. Le premier décide de rentrer en Allemagne. C’est leur correspondance fictive entre 1932 et 1934 qui constitue ce petit livre inédit en France, écrit par une Américaine en 1938, et salué à l’époque aux États-Unis, comme un chef d’oeuvre. Incisif, court et au dénouement saisissant, ce livre capte l’Histoire avec justesse. C’est un instantané, une photographie prise sur le vif qui décrit sans complaisance, ni didactisme forcené, une tragédie intime et collective, celle de l’Allemagne nazie.

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Chronique | Education européenne de Romain Gary

  • Note : ★★★★★couv31128976

Titre : Education européenne
Auteur : Romain Gary
Parution : 1945

Résumé :
« La cachette fut terminée aux premières lueurs de l’aube. C’était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie ; les pins flottaient dans le brouillard, le regard n’arrivait pas jusqu’au ciel. Depuis un mois, ils travaillaient secrètement la nuit : les Allemands ne s’aventuraient guère hors des routes après le crépuscule, mais, de jour, leurs patrouilles exploraient souvent la forêt, à la recherche des rares partisans que la faim ou le désespoir n’avaient pas encore forcés à abandonner la lutte. Le trou avait trois mètres de profondeur, quatre de largeur … »

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Chronique | Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

  • Note : ★★☆☆☆

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Titre : Rien ne s’oppose à la nuit
Auteur : Delphine de Vigan
Parution : 2011

Résumé :
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

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Chronique | La Promesse de l’aube de Romain Gary

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  • Note : ★★★★★

Titre : La Promesse de l’aube
Auteur : Romain Gary
Parution : 1960

Résumé :
– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.
Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
– Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

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