Chronique | Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris

  • couv52744824Note : ★★★★★

Titre : Vous n’aurez pas ma haine
Auteur : Antoine Leiris
Parution : 2016

Résumé :
Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre dernier assassinée au Bataclan. Alors que le pays était endeuillé, à la recherche de mots pour dire l’horreur, il publiait sur les réseaux sociaux une lettre destinée aux terroristes intitulée « Vous n’aurez pas ma haine ». Dans celle-ci, il promettait à ces « âmes mortes » de ne pas leur accorder sa haine ni celle de leur fils de dix-sept mois, Melvil. Son message fait le tour du monde. Accablé par la perte, Antoine Leiris, journaliste de 34 ans, n’a qu’une arme : sa plume. L’horreur, le manque et le deuil ont bouleversé sa vie. Mais, à l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre, il nous dit que malgré tout, la vie doit continuer. C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre dans ce témoignage poignant.

Chronique courte pour ce court roman. Pas parce qu’il n’y a pas assez à en dire, mais parce qu’il arrive un moment où les mots ne suffisent malheureusement plus.

Je me suis promise d’être sincère en écrivant cet article, alors je vais l’être. Au risque de choquer peut-être, au risque sûrement que certains ne comprennent pas, je n’ai pas été aussi bouleversée par ce roman que je l’espérais en le commençant. Je m’attendais à un témoignage plus violent encore. Voici la première chose que je me suis dite en tournant la dernière page. J’ai refermé le roman. Je l’ai posé sur ma table de chevet, réfléchissant déjà à ce que j’allais bien pouvoir écrire dans ma chronique.

Et puis j’ai réalisé l’absurdité de la chose.

Comment reprocher à un roman qui traite d’un tel sujet de ne pas être « assez » bouleversant, comme si l’on pouvait quantifier ce type d’émotion de la sorte ? Je m’en suis sincèrement voulu. Qui suis-je, moi, pour porter un tel jugement sur ce témoignage ? Ce récit est construit sur les fondations bancales d’une souffrance sans limites, et pourtant ce n’est qu’une fois après l’avoir achevé et avoir pris le temps d’y réfléchir que j’ai pris conscience de sa profondeur.

« Notre coccinelle s’est posée sur le nez de la sorcière, elle avait une Kalachnikov en bandoulière et la mort au bout du doigt. »

Je me suis trompée sur toute la ligne. Dans ce roman, la violence est bien là. Je ne l’ai juste pas perçue. Parce qu’elle est différente de ce que j’imaginais. Plus discrète, plus sournoise. C’est une violence qui tait son nom. Elle s’est immiscée dans nos vies, sans que nous nous en rendions compte. Petit à petit, elle a gagné du terrain, s’est faufilée dans chaque recoin de vie, étouffant chaque parcelle d’insouciance de ses longs doigts de velours faussement réconfortants. Et nous, pauvres imbéciles que nous sommes, nous n’avons rien remarqué. Il est trop tard à présent : la violence ne nous choque même plus. Nous y sommes devenus indifférents, comme étrangers à notre propre humanité.

« Bien sûr avoir un coupable sous la main, quelqu’un sur qui l’on peut reporter sa colère, c’est une porte entrouverte, une occasion d’esquiver sa souffrance. Et plus le crime est odieux, plus le coupable est idéal, plus la haine est légitime. On pense à lui pour ne plus penser à soi, on le déteste lui pour ne pas haïr sa vie, on se réjouit de sa mort pour ne plus sourire à ceux qui restent … Mais on ne compte pas les larmes et on ne les sèche pas sur la manche de la colère. »

Dans ce roman, Antoine Leiris se livre comme peu en sont capables. C’est touchant de simplicité, et si dur à la fois. Simple par les phrases courtes et le ton employé, complexe et douloureux par le drame évoqué. Un témoignage authentique, non pas né de la haine, mais d’une profonde tristesse dont l’auteur veut nous faire part. Il y a quelque chose de beau, d’émouvant dans cette souffrance. Le narrateur peut encore s’en sortir. Nous croyons en lui, quand lui croit en l’amour et en la vie.

Un hymne à l’espoir dont nous avons tous et toutes besoin en ces temps troublés.

« Ces moments les plus insignifiants, où il n’y a rien à montrer, rien à raconter, sont les plus beaux. Ce sont eux qui peuplent ma mémoire. »

Et vous, avez vous lu Vous n’aurez pas ma haine ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous le lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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