Chronique | Chanson douce de Leïla Slimani

  • Note : ★★★★☆product_9782070196678_195x3201

Titre : Chanson douce
Auteur : Leïla Slimani
Parution : 2016

Résumé :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Ne vous fiez pas à son titre trompeur, Chanson douce n’a rien d’une comptine innocente. Le roman se rapproche davantage du thriller psychologique. Une atmosphère glaçante, oppressante, à laquelle le lecteur se trouve confronté dès les premiers mots du roman.

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. »

La nourrice a tué le bébé, voilà. Fin de l’histoire. Plongé à la toute fin de l’intrigue, le lecteur est d’avance informé de l’envergure du drame qui va se produire.

Ainsi, on saisit d’emblée toute la singularité de l’ouvrage que l’on tient entre nos mains. L’auteure rompt le pacte avec son lecteur, ou plutôt elle en créé un nouveau, plus moderne, plus osé. Et contre toute attente, cela fonctionne : alors même que l’on connaît l’issue du roman, on ne parvient à décrocher. Il y a ici quelque chose de quasi-hypnotique. Au lieu de nous dissuader de poursuivre notre lecture, le fait de connaître la fin renforce notre désir de comprendre comment tout cela a pu se produire. Dès lors, le lecteur est pris d’une paranoïa sans limites. Chaque geste, chaque mot, chaque détail devient analysé sous le prisme du drame final.

Le sujet du roman a tout du fait divers : Paris, dix-huitième arrondissement, une nourrice tue les deux enfants dont elle a la garde. L’intrigue est d’ailleurs inspirée d’un fait divers survenu aux Etats-Unis en 2012. Tout débute lorsque Paul et Myriam décident d’embaucher une nourrice pour garder leurs deux enfants afin que Myriam puisse reprendre son travail d’avocate. Leïla Slimani pose alors la question de l’actuelle condition des femmes dans notre société, et de la difficulté à lier vie professionnelle et vie de famille pour ces dernières. Faire garder ses enfants par une nounou semble aujourd’hui indispensable à toute femme qui souhaite poursuivre une activité en dehors du foyer. Pourtant, quel rôle plus ambigu que celui de la nounou ? Une femme que l’on paye pour remplir notre rôle de mère, donner de l’amour à nos enfants, faire partie de notre famille, d’une certaine manière, tout en sachant bien que cela ne peut être et ne sera jamais réellement le cas.

C’est ainsi que Louise entre dans la famille. Louise est la nounou dont tout le monde rêve : très vite, elle devient ainsi quasi-indispensable à la famille, tout comme elle même s’attache à eux et ne peut imaginer sa vie sans ce second foyer. Pourtant, malgré le lien qui se tisse petit à petit entre la nounou et la famille, les parents restent des patrons, et Louise, une employée. Ainsi, à travers la figure de la nounou s’ouvre aussi et surtout une réflexion sur les rapports entre classes et la notion de pouvoir. A la fois invisible et toujours présente lorsque l’on a besoin d’elle, la nounou demeure finalement une étrangère, une femme dont on ne sait rien, si bien que l’on en vient à oublier qu’elle même peut avoir une vie en dehors des murs de notre maison.

La sensation de malaise est palpable tout au long de la lecture. Justement parce que nous savons ce que les personnages n’osent pas même imaginer. Spectateurs muets, nous assistons, impuissants, aux premiers signes discrets de cette folie assassine dont l’auteur sème les graines tout au long du roman. L’écriture de Leïla Slimani est brève, concise. Elle décrit chaque détail d’une précision scientifique, avec énormément de recul et de nuance, sans jamais porter de jugement sur ses personnages et leurs actions.

Pour autant, j’ai trouvé que les personnages, dont la psychologie constitue finalement l’élément central de l’intrigue, manquaient tout de même d’approfondissement. L’auteure semble tout faire pour que le lecteur ne s’attache pas à eux. De ce fait, on se sent très étranger à ce qui leur arrive. J’étais spectatrice de leur histoire, de leurs vies. Ils restent des êtres de papiers, trop loin de nous pour être vrais.

Ainsi, on se sent à la fois concernés, et en même temps extrêmement en retrait par rapport à ce qui arrive. Tout au long du roman, on ne parvient à savoir de quel « côté » on se trouve : celui de la nounou, ou celui des deux parents ? Avertis par avance du drame qui va se produire, on guette tous les signes annonciateurs, les erreurs des parents, les dérapages de la nounou. On tente de comprendre pourquoi, comment, ce qui a pu pousser la nourrice à en arriver là. Parce qu’au fond, qui est la vraie victime dans cette histoire ? La famille, les enfants, la nounou ? Et si tous n’étaient finalement que victimes des rapports de pouvoir ambigus qui régissent notre société ?

Comme beaucoup, j’ai dans un premier temps été déçue par la fin. L’auteur ne nous explique pas clairement les raisons qui ont motivé l’acte de la nounou : ainsi, nous refermons le roman sans réelle réponse, peut être même plus perdus encore qu’en le commençant. Et puis, on réfléchit, on finit par comprendre. La question n’est pas de savoir pourquoi. Parce qu’il n’y a pas de réponse, ou plutôt parce que si réponse il y a, elle est loin d’être simple, et l’auteure refuse de nous en fournir une prémâchée. L’intrigue de ce roman est une équation complexe, qui admet en fait une pluralité de solutions plus complexes encore : Leïla Slimani ne nous invite pas à comprendre les raisons qui ont motivé le crime, mais le processus qui a pu mener à ce dernier. Non pas pourquoi, mais comment.

« Vous ne devriez pas chercher à tout comprendre.
Les enfants, c’est comme les adultes.
Il n’y a rien à comprendre. »

Une expérience passionnante, qui nous éclaire sur la complexité des relations humaines et du rapport à l’autre, mais aussi sur les sentiments individuels et la difficulté à trouver sa place au sein de la société.

Et vous, avez vous lu Chanson douce ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous le lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

 

Publicités

2 réflexions sur “Chronique | Chanson douce de Leïla Slimani

  1. Pingback: Sommaire | La balade des mots

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s