Chronique | Education européenne de Romain Gary

  • Note : ★★★★★couv31128976

Titre : Education européenne
Auteur : Romain Gary
Parution : 1945

Résumé :
« La cachette fut terminée aux premières lueurs de l’aube. C’était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie ; les pins flottaient dans le brouillard, le regard n’arrivait pas jusqu’au ciel. Depuis un mois, ils travaillaient secrètement la nuit : les Allemands ne s’aventuraient guère hors des routes après le crépuscule, mais, de jour, leurs patrouilles exploraient souvent la forêt, à la recherche des rares partisans que la faim ou le désespoir n’avaient pas encore forcés à abandonner la lutte. Le trou avait trois mètres de profondeur, quatre de largeur … »

J’ai fait la connaissance d’Education Européenne en classe de seconde, à l’occasion du Concours National de la Résistance et de la Déportation. L’épreuve écrite portait sur une citation extraite de ce roman. J’ai toujours su, je crois, que nos chemins se recroiseraient un jour.

« Les Hommes se racontent de jolies histoires, et puis ils se font tuer pour elles – ils s’imaginent qu’ainsi le mythe se fera réalité. Liberté, dignité, fraternité … honneur d’être un homme. Nous aussi, dans cette forêt, on se fait tuer pour un conte de nourrice. »

Hiver 1942, début de la bataille de Stalingrad : le jeune Janek, sans nouvelles de son père depuis quelques jours, rejoint un petit groupe de partisans dans la forêt de Wilno. L’ouvrage retrace l’histoire de ces résistants polonais mus par l’espoir d’une victoire face aux allemands.

Education européenne est un roman difficile. Parce que le contexte l’est. On meurt de faim et de froid. Des enfants se retrouvent seuls et livrés à eux-mêmes. Des hommes et des femmes innocents sont tués sans raison, des femmes emmenées et violées par les nazis. On voit mourir ses amis, sa famille. Dans ces circonstances, la solitude s’impose. Comment une Europe civilisée a-t-elle pu sombrer à ce point dans la barbarie ? Des hommes de tous pays se trouvent tiraillés entre deux Europe : d’un côté, le souvenir d’une Europe portée par la civilisation et l’espoir, de l’autre, une Europe en guerre où l’éducation se résume à l’apprentissage de la violence et de la destruction.

« Les Universités européennes ont été le berceau de la civilisation. Mais il y a aussi une autre éducation européenne, celle que nous recevons en ce moment : les pelotons d’exécution, l’esclavage, la torture, le viol – la destruction de tout ce qui rend la vie belle. C’est l’heure des ténèbres. »

L’écrivain reste donc on ne peut plus lucide sur la réalité du monde qui l’entoure, sans omettre de pointer du doigt l’inhumanité de la nature humaine ou l’utopie des belles et grandes idées. Et pourtant, le roman ne saurait se passer de l’optimisme caractéristique de l’oeuvre de Gary : Education européenne, c’est aussi et surtout un manifeste en faveur de l’Europe. Non pas l’Europe de la barbarie que décrit l’auteur, mais l’Europe de la fraternité des peuples et des valeurs humaines, l’Europe qui permet à l’humanité de garder espoir jusque dans les moments les plus sombres. La guerre, comme toute chose, a une fin.

La plume de l’auteur est toujours aussi captivante et poétique. On a bien du mal à croire que cela n’est que son premier roman. Le lecteur se laisse porter par les aventures des partisans, aventures entrecoupées de nouvelles résistantes qui ne cassent en rien le rythme du récit. Gary nous livre ici des personnages hauts en couleur, extrêmement travaillés : du jeune Janek à la fragile Zosia en passant par l’idéaliste Adam Dobranski ou le touchant Augustus Schröder, chacun présente des forces, des faiblesses, des contradictions qui lui sont propres et le rendent profondément humain.

Education européenne, c’est donc un hommage à la résistance d’hommes et de femmes prêts et prêtes à sacrifier leur vie pour un idéal. Un hommage à l’amour universel qui nous uni, à la musique et la littérature, ces arts qui nous élèvent. Un hommage à ce qui nous rassemble et fait de nous des êtres sensibles « qu’on a pu forcer à vivre comme des bêtes, mais qu’on n’a pas pu forcer à désespérer ». Un hymne à l’espoir autant qu’un refuge face à la barbarie.

J’achèverais ma chronique sur la fameuse citation découverte lors du CNRD :

« La vérité c’est qu’il y a des moments dans l’histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge, parfois, c’est seulement une chanson, un poème, un livre. Je voudrais que mon livre soit un de ces refuges, qu’en l’ouvrant, après la guerre, quand tout sera fini, les hommes retrouvent leur bien intact, qu’ils sachent qu’on a pu nous forcer à vivre comme des bêtes, mais qu’on n’a pas pu nous forcer à désespérer. »

Et vous, avez vous lu Education européenne ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous le lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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