Chronique | Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressmann Taylor

  • Note : ★★★★☆couv53161332

Titre : Inconnu à cette adresse
Auteur : Kathrine Kressmann Taylor
Parution : 1938

Résumé :
1932. Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un juif américain, sont marchands de tableaux en Californie. Ils sont aussi unis par des liens plus qu’affectueux – fraternels. Le premier décide de rentrer en Allemagne. C’est leur correspondance fictive entre 1932 et 1934 qui constitue ce petit livre inédit en France, écrit par une Américaine en 1938, et salué à l’époque aux États-Unis, comme un chef d’oeuvre. Incisif, court et au dénouement saisissant, ce livre capte l’Histoire avec justesse. C’est un instantané, une photographie prise sur le vif qui décrit sans complaisance, ni didactisme forcené, une tragédie intime et collective, celle de l’Allemagne nazie.

Déniché lors d’une brocante, cela faisait un bout de temps qu’Inconnu à cette adresse traînait dans ma pile à lire. Et je ne regrette pas de l’en avoir sorti : c’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée !

La nouvelle présente la correspondance fictive entre deux amis : Max, un juif américain, et Martin, un allemand. Deux personnages, deux points de vue, deux manières de penser et de percevoir l’enracinement et la montée du nazisme dans l’entre-deux guerre. Ce récit est passionnant par les enjeux historiques qu’il aborde. Les lettres s’enchaînent les unes après les autres,  tout va très vite. L’histoire est brève, presque trop : 73 pages seulement. Mais c’est aussi ce qui fait la force et l’intensité du texte.

Je me dis que tu ne comprendrais pas à quel point tout cela est nécessaire pour l’Allemagne. Tu ne t’attacheras, je le sais, qu’aux ennuis de ton propre peuple. Tu refuseras de concevoir que quelques-uns doivent souffrir pour que des millions soient sauvés. Tu seras avant tout un Juif qui pleurniche sur son peuple. Cela, je l’admets. C’est conforme au caractère sémite. Vous vous lamentez mais vous n’êtes pas assez courageux pour vous battre en retour. C’est pourquoi il y a des pogroms.

Je n’irais cependant pas jusqu’à qualifier le livre de chef-d’oeuvre. Je l’ai lu avec le regard d’une personne vivant en 2018. Forcément, on lit entre les lignes : on adopte une prise de recul impossible à avoir pour les personnes de l’époque. De fait, la fin m’est apparue presque trop simple, évidente et attendue.

C’est lorsque l’on replace l’oeuvre dans son contexte que l’on prend conscience de sa spécificité pour l’époque. Inconnu à cette adresse a en effet été publié en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Et cela change tout. La fin passe d’un dénouement banal et attendu à une chute grandiose. L’autrice avait (malheureusement) tapé dans le mile.

Ma seconde lettre m’a été retourné, non ouverte avec la mention « Inconnu à cette adresse « . Quelles ténèbres véhiculent en ces mots : comment pourrait-elle être inconnu du théâtre même où elle joue ?

Par la justesse de ce qu’il annonce, ce livre est donc bel et bien un classique à mettre entre les mains de tous.

Et vous, avez vous lu Inconnu à cette adresse ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous le lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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