Chronique | La Promesse de l’aube de Romain Gary

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  • Note : ★★★★★

Titre : La Promesse de l’aube
Auteur : Romain Gary
Parution : 1960

Résumé :
– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.
Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
– Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

Découvert cet été, j’éprouvais l’intense besoin de me replonger dans La Promesse de l’aube afin d’en redécouvrir toutes les nuances et les subtilités. Or, même après deux lectures, je crois bien que je n’y suis toujours pas parvenue, tant ce roman se révèle riche et complexe.

Il s’agit d’un roman autobiographique, et non d’une autobiographie, comme on peut parfois le lire : l’auteur écrira lui-même que le récit est « inspiré d’éléments autobiographiques, mais non autobiographique ». En effet, si Romain Gary (de son véritable nom Roman Kacew) y fait le récit de sa vie de son enfance jusqu’à son retour de la Seconde Guerre mondiale, cela n’est finalement qu’un prétexte pour rendre hommage à sa mère Mina Kacew, ouvrant par la même occasion une profonde réflexion sur l’amour maternel.

« Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

La Promesse de l’aube, c’est avant tout l’histoire d’un amour fou, démesuré, un amour qui forge autant qu’il détruit : celui d’une mère pour son enfant. Le roman questionne ces rapports, leurs limites comme leur force, et nous, lecteurs, influencés par le regard tendre et empli de nostalgie que pose un Gary devenu adulte sur cette mère et son amour possessif, nous finissons nous aussi par nous attacher à cette figure maternelle qui place tant d’espoirs en son fils, le voyant déjà général ou Ambassadeur de France ! Elle croit dur comme fer et ne cessera jamais de croire en l’incroyable destin réservé au jeune Roman. Tout ce qu’entreprendra Mina Kacew au cours de sa vie, elle le fera dans un seul et unique but : voir son fils réussir, accomplir ce qu’elle a prédit pour lui. 

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. » 

Gracieuse et élégante, la plume de Romain Gary oscille entre poésie et réalisme. L’auteur parvient sans peine à nous entraîner dans le récit de sa vie, au fil des souvenirs qui l’ont marqué. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant la littérature : elle nous permet de nous échapper de notre vie pour en vivre une multitude d’autres. Ici, nous vivons la vie de Romain, ses passions, ses peines, ses joies, ses désillusions. Nous grandissons à ses côtés, nous subissons, nous aussi, la pression de cette mère si présente, pression cependant vite occultée par la tendresse et l’amour infini qu’elle nous porte.

Petit bémol à noter cependant : alors que l’on suit une réelle progression logique dans la première partie du roman, au cours de la seconde partie, on a davantage l’impression d’avoir affaire à une succession d’événements déconnectés les uns des autres. La multiplicité des lieux et des actions évoqués au sein de cette partie perd le lecteur et fait quelque peu retomber son engouement, rendant la lecture plus fastidieuse. Comme si, par manque de recul, peut-être, sur cette période plus récente de sa vie, l’auteur ne parvenait à la retranscrire de manière aussi fluide et percutante qu’il ne le fait pour les événements ayant marqué son enfance et son adolescence. Ce sont en effet ces passages qui m’ont le plus touchée. Peut-être parce que c’est l’évocation de la relation entre Romain et sa mère qui a tant fait écho en moi, et que celle-ci se fait plus présente au début du roman ? Peut-être aussi en raison de mon âge, parce que je me trouve aujourd’hui confrontée aux mêmes problématiques que celles soulevées par l’auteur à cette époque de sa vie ?

« Je reste là, au soleil, le coeur apaisé, en regardant les choses et les hommes d’un oeil amical et je sais que la vie vaut la peine d’être vécue, que le bonheur est accessible, qu’il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu’on aime avec un abandon total de soi. »

Lire La Promesse de l’aube à seize ans, à l’aube même d’une vie qui ne fait que commencer, c’est une expérience qui ne s’oublie pas. Parce que ces promesses faites par le jeune Roman Kacew à sa mère Mina Kacew,  ces promesses fragiles, mais si pleines d’espoirs, nous les avons nous aussi faites. A nous mêmes, à nos proches, nos amis, nos professeurs. Notre adolescence est faite de promesses qui ne demandent qu’à être réalisés, et des années plus tard, lorsque nous nous déciderons à relire ce roman, nous poserons nous aussi un regard empli de tendresse et de nostalgie sur ces rêves d’enfance.

Que le roman nous ait plu ou non, nous en retirerons forcément quelque chose, et ce quelle que soit la période de notre vie à laquelle nous le lirons.

Et vous, avez vous lu La Promesse de l’aube ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous le lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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