Jeu d’enfant

Il était 16 heures lorsque leurs cris ont percé notre rue. 

– Ils arrivent, a dit Jules. Ses yeux brillaient d’une joie féroce.

La main sur son arme, mon fils exultait. Ils allaient enfin voir de quoi nous étions capables. Juliette a pris ma main dans la sienne et l’a serrée longuement. Fort. Trop fort. Ce n’était pas un geste de tendresse, mais de désespoir. La tendresse n’avait pas sa place au cœur du conflit. Ma femme se raccrochait à ce qu’elle connaissait le mieux. Je leur avais dit, pourtant : la guerre, oui, mais pour la paix. Pour mettre fin aux massacres. Protéger nos frères, nos sœurs, nos enfants. Notre lutte était de ces luttes justes.

Jules a fait signe à Chloé. Ma fille a compris, s’est levée en silence. Ses mains étaient moites. Elle les a essuyées sur sa chemise tâchée, empoignant la plus petite des deux grenades. Ses doigts tremblaient quand elle a passé son index sous l’anneau de la goupille. Pourtant, ses gestes étaient fermes, précis. Il ne manquait que notre feu vert. Son regard a croisé le mien, en attente d’une approbation.

– Attends, ai-je soufflé. Attendons encore un peu. Pas de morts inutiles.

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