Chronique | L’arrache-coeur de Boris Vian

  • Note : ★★★☆☆

TitreL’arrache-coeur
Auteur : Boris Vian
Editeur : Le Livre de Poche
Parution : 1953
Pages : 219 pages
Prix : 5.60€

Résumé :
Voilà un coin de campagne où l’on a de drôles de façons … La foire aux vieux, par exemple. Curieuse institution ! On sait bien aussi que tous les enfants peuvent voler comme des oiseaux dès qu’ils étendent leurs bras – mais est-ce une raison suffisante pour les enfermer derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus clos ? Le psychiatre Jacquemort se le demande – puis ne se le demande plus, car il a trop à faire avec la honte des autres, qui s’écoule dans un bien sale ruisseau.
Mais nous, qui restons sur la rive, nous voyons que Boris Vian décrit simplement notre monde. En prenant chacun de nos mots habituels au pied de la lettre, il nous révèle le monstrueux pays qui nous entoure, celui de nos désirs les plus implacables, où chaque amour cache une haine, où les hommes rêvent de navires, et les femmes de murailles.

Boris Vian est l’auteur de L’écume des jours, l’un des mes romans préférés. Cela faisait un certain temps que j’avais envie de découvrir son oeuvre plus en profondeur en lisant un autre de ses romans, c’est la raison pour laquelle je me suis procuré L’arrache-coeur.

Comment résumer ce roman ? Par où, par quoi commencer ? Je crois bien que je n’avais jamais rien lu de tel. Boris Vian nous transporte ici dans un petit village tout à fait charmant de prime abord. Néanmoins, nous avons peu, voir quasiment pas d’informations sur le cadre spatio-temporel du récit : le village pourrait se situer n’importe où, quant aux indices temporels, si nous disposons bien de dates précises en début de chapitre, au fil du roman, l’auteur met en place un calendrier hors du temps qui participe lui-aussi à l’étrangeté du récit.

Et maintenant, les mois sont devenus si drôle – à la campagne, le temps, plus ample, passe plus vite et sans repères.

Du « 59 janvril » au « 135 avroût » en passant par le « 79 décars », les numéros des jours et les mois perdent toute forme de rationalité. Au même titre que les personnages du roman, le lecteur en finirait presque par oublier la notion du temps.

Le personnage central au début du récit se prénomme Jacquemort. Il arrive dans la maison d’Angel et Clémentine alors que cette dernière est en train d’accoucher de « trumeaux », c’est-à-dire de triplés, et décide de s’installer au village, avec l’espoir d’y trouver quelqu’un à psychanalyser pour se remplir du « vide » qui l’habite. Preuve de lucidité sur sa condition d’homme ? Bien que « vide », Jacquemort semble pourtant le plus « humain » de tous à première vue. Le seul à se montrer choqué par la « foire aux vieux » et l’exploitation des jeunes apprentis, le seul semblant compatir avec La Gloïre, payé pour repêcher le fruit de la honte du village avec ses dents. Et puis, au fur-et-à-mesure du roman, le conformisme fait son effet : le psychiatre cesse de remettre les agissements des habitants en cause, dans la mesure où cela devient également normal à ses yeux. Parallèlement à cela, Clémentine va développer une réelle paranoïa quant au fait qu’il arrive quelque chose à ses enfants, jusqu’à recourir aux agissements les plus insensés pour les protéger.

On ne reste pas parce qu’on aime certaines personnes, on s’en va parce qu’on en déteste d’autres. Il n’y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches.

Boris Vian joue sur les mots en prenant nos expressions au pied de la lettre : ainsi, quand Jacquemort se déclare né « de la dernière pluie », il veut en fait dire qu’il est né l’année précédente. Même si le lecteur ne connaît pas l’âge du psychiatre, cela semble pourtant bien peu probable. Une écriture poétique donc, mais aussi et surtout une plume teintée d’ironie, qui se joue continuellement de l’innocence du lecteur. C’est ce style atypique qui m’avait tant plu dans L’écume des jours, et que j’ai été ravie de retrouver dans L’arrache-coeur.

Vian nous offre ici une double réflexion sur notre société et la nature humaine : réflexion sur le sentiment de honte d’une part, réflexion sur l’amour maternel d’autre part. La notion d’absurde est au coeur du récit. Le réel et l’imaginaire se côtoient, se confondent même. L’auteur dépeint notre monde sous un jour nouveau, plus noir, plus sombre, plus malsain. Ainsi, si L’arrache-coeur est un conte moderne qui nous transporte dans un univers merveilleux, c’est aussi et surtout une histoire emprunte d’une cruauté sans limite.

Un roman où se mêlent poésie et monstruosité, donc. L’arrache-coeur est déroutant par l’étrange sentiment de malaise qu’il provoque chez le lecteur. Une lecture très spéciale, que j’ai appréciée, mais avec laquelle je suis restée sur ma faim, sans parler des longueurs récurrentes. Ainsi, on est tout de même bien loin d’égaler le fabuleux L’écume des jours

Et vous, avez vous lu L’arrache-coeur ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous la lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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