Chronique | Les Justes d’Albert Camus

  • Note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥818cbnqbngl

TitreLes Justes
Auteur : Albert Camus
Editeur : Folio
Parution : 1949
Pages : 135 pages
Prix : 5.40€

Résumé :
« Ne pleurez pas. Non, non, ne pleurez pas ! Vous voyez bien que c’est le jour de la justification. Quelque chose s’élève à cette heure qui est notre témoignage à nous autres révoltés : Yanek n’est plus un meurtrier. Un bruit terrible ! Il a suffi d’un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l’enfance. »

Je ne pensais pas que Les Justes serait un tel coup de coeur en lisant la pièce. C’est en prenant le temps d’y réfléchir par la suite que j’ai pris conscience de la portée de cette oeuvre et de la profonde réflexion qu’elle avait suscitée en moi.

Les Justes est une pièce de théâtre écrite par Albert Camus en réponse à la pièce Les mains sales de Jean-Paul Sartre. Elle appartient au cycle de la révolte, c’est donc une oeuvre profondément engagée, comme toutes les oeuvres de l’auteur d’ailleurs. Pourtant, j’ai trouvé qu’on ne ressentait absolument pas cette prise de position en lisant la pièce. L’argumentation est amenée de manière très subtile et nuancée.

À Moscou, en 1905, un groupe de socialistes révolutionnaires projette d’assassiner le grand-duc Serge. Or, le jour prévu de l’attentat, le grand-duc est accompagné de deux enfants : ainsi, le terroriste ne parvient à lancer la bombe.

Camus illustre sa thèse tout en incluant des contres-arguments à cette dernière, ce qui nous permet de confronter son point de vue et celui de Sartre. Nous avons donc deux thèses opposées, qui s’illustrent à travers deux personnages antagonistes : d’un côté Stepan, intransigeant, dénué de tout sentiment, de l’autre Kaliayev, éternel utopiste et amoureux de la vie. Kaliayev, celui qui refusera de lancer la bombe, s’attirant ainsi les foudres de Stepan. Pour ce dernier, tous les moyens sont légitimes lorsqu’il s’agit d’obtenir la liberté. Il faut sauver l’humanité malgré elle, lui imposer la révolution. Kaliayev, lui, refuse cette vision de l’acte de révolte. Il croit en une « révolution pour la vie ».

Comme eux, je veux me sacrifier. Moi aussi, je puis être adroit, taciturne, dissimulé, efficace. Seulement la vie continue de me paraître merveilleuse. J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ?

A un moment de la pièce, Stepan reproche à Kaliayev de ne pas être un vrai révolutionnaire. « Un vrai révolutionnaire ne peut pas s’aimer », dit-il alors. Pour lui, la révolte ne laisse aucune place aux sentiments. Seules la justice et la liberté comptent. Pas besoin de plus pour comprendre la profonde contradiction qui les oppose.

A travers cette pièce, Camus nous pousse donc à nous interroger sur la légitimité de l’acte violent en politique. Les terroristes sont certains d’agir pour le bien de tous. A aucun moment ils ne se considèrent comme des assassins. Mais jusqu’où peut-on aller sous prétexte de défendre ses idées ? Selon l’auteur, si l’acte de révolte s’oppose aux limites, la révolte elle-même a des limites dont nous devons avoir conscience. Pourtant, si Camus prend position de manière claire, à aucun moment il ne semble là pour nous dire ce qui est juste ou non. C’est à nous d’en décider. Cette pièce nous pousse juste à nous poser les bonnes questions. Elle ouvre une réelle réflexion chez le lecteur que nous sommes, et nous en sortons grandis.

J’ai beaucoup aimé le message de l’auteur sur la question de la légitimité de donner la mort à quelqu’un au nom de ses idées politiques. Même si la pièce se passe en 1905, c’est finalement une réflexion très actuelle, qui nous pousse à prendre du recul. La portée de l’oeuvre est également renforcée par le fait qu’elle soit inspirée de faits historiques réels : tous les personnages ont vraiment existé et tenté un attentat à l’encontre du grand-duc le 17 février 1905. Ainsi, malgré leur statut de terroriste, on s’attache à eux. Tout au long de la pièce, ces derniers ne feront que se remettre en question, tout comme le lecteur remet lui-même ses certitudes en question au fil de sa lecture.

C’est facile, c’est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.

De nos jours, nous associons forcément les attentats à des actes commis par des hommes radicalisés, dépourvus de tout état d’âme, dont les idéaux reposent sur la haine, la violence, l’absence de libertés. Or, à travers le personnage de Kaliayev, cette pièce nous fait prendre conscience qu’il peut s’agir de personnes comme vous et moi, emplies de doutes, qui luttent simplement pour un monde meilleur. Nous pourrions très bien être l’un deux. Parce qu’avant d’être des terroristes, ce sont aussi et surtout des hommes, des femmes comme les autres. Chacun a ses complexités, chacun fait face à des doutes, chacun doit lutter contre ses failles. Kaliayev en est le parfait exemple : un terroriste qui se veut « justicier », et non « assassin ».

Mais alors, où situer la nuance entre les deux ? Car si nuance il y a, elle est bien subjective à définir, et c’est probablement ce qui rend la pièce si tragique.

Et vous, avez vous lu cette pièce ? Si oui, qu’en avez vous pensé ?
Si non, comptez vous la lire ?
Votre avis m’intéresse ! :)

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4 réflexions sur “Chronique | Les Justes d’Albert Camus

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